Propulsée par le succès de Vinted, la Lituanie s’impose comme l’une des nouvelles places fortes de la tech européenne. Soutenu par une politique volontariste du gouvernement, le secteur est devenu l’un des moteurs de croissance du pays.

« Tu ne le portes pas ? Vends-le ! » Ce slogan, devenu familier pour des millions de Français, est le symbole d’une réussite économique balte. C’est en effet à Vilnius, la capitale lituanienne, qu’a vu le jour la plateforme Vinted. Lancée en 2008 sous le nom de Manodrabužiai (« Mon vestiaire »), l’entreprise est issue d’une initiative de Milda Mitkute, alors étudiante, qui s’était associée à un ami pour revendre ses vêtements lors d’un déménagement. Avec 100 millions d’utilisateurs et une valorisation de 5 milliards d’euros, la plateforme a aujourd’hui changé de dimension. Elle s’impose comme l’une des rares et emblématiques licornes nées dans un pays balte.
16 milliards de valorisation
Le succès de Vinted n’a rien d’un cas isolé. Bien que marquée par son héritage d’ex-République soviétique et une population de seulement 3 millions d’habitants, la Lituanie s’est imposée en une dizaine d’années comme la nouvelle « Silicon Valley européenne », où plusieurs champions comme les entreprises de cybersécurité Nord Security ou Surfshark ont émergé. Entre 2020 et 2025, la valeur globale des startups lituaniennes a d’ailleurs été multipliée par sept pour atteindre 16 milliards d’euros, s’imposant comme l’un des nouveaux moteurs économiques du pays.
Un essor qui doit beaucoup aux choix du gouvernement lituanien. Ce dernier a injecté environ 168 millions d’euros dans le secteur entre 2017 et 2024. L’agence Startup Lithuania a également été créée en 2022. Son rôle : centraliser l’accompagnement des créateurs d’entreprise et piloter un programme de visas pour attirer les entrepreneurs étrangers, alors que plus de 15 % des startups du pays sont aujourd’hui fondées par des non-européens d’après des chiffres du ministère de l’Économie lituanien. Outre des subventions pouvant atteindre 60 000 euros par projet, le gouvernement mise sur un cadre fiscal qui se veut attractif. Le taux d’imposition sur les sociétés est fixé à 15 %, avec une exonération sur les bénéfices la première année. Enfin, les procédures administratives sont dématérialisées et permettent de créer une société en ligne en une seule journée.
La guerre en Ukraine, une opportunité pour le secteur
Cet environnement favorise l’émergence de nouveaux acteurs, à l’image d’EditIA, une startup lituanienne développant un outil d’intelligence artificielle pour les enseignants. Son chiffre d’affaires est passé de 10 000 euros fin 2023 à 500 000 euros en 2025. En moins de quatre ans, elle revendique 25 % de parts de marché dans les écoles nationales et s’exporte déjà en Pologne, en Roumanie ou en Suisse, le tout sans levée de fonds extérieure. Kristina Jonkuvienė, cofondatrice d’EditIA, qui cite Vinted en modèle, assume vouloir « conquérir rapidement des parts en Europe et partout dans le monde. » Mais dans un pays de 3 millions d’habitants, la taille du tissu économique local impose de « s’exporter très vite » pour se développer, reconnaît l’entrepreneuse.
C’est pour répondre à ce défi que l’association Unicorns Lithuania fédère les pépites du secteur. Sa présidente-directrice générale, Gintarė Verbickaitė, s’est fixé pour objectif de tripler le nombre de startups accompagnées d’ici à 2030 et de dépasser le milliard d’euros de contributions fiscales annuelles. Un cap qu’elle juge « plus que réaliste », les entreprises adhérentes à Unicorns Lithuania ayant déjà payé un demi-milliard d’impôts en 2025.
Et pour cause, les start-up regroupées au sein d’Unicorns Lithuania misent sur de nouveaux segments, comme celui de la défense, dopé par le déclenchement de la guerre en Ukraine. « Les financements destinés aux technologies pouvant servir à la fois dans la vie quotidienne et dans l’armée atteignent des niveaux record », explique Gintarė Verbickaitė. Ainsi, selon elle, si le conflit en Kiev et Moscou a provoqué une « hésitation » initiale chez les investisseurs, il finalement permis d’ouvrir un marché auparavant restreint. Une bonne nouvelle pour l’économie lituanienne donc, mais à quel prix ?
